Rencontre avec Laurence Graffin et Carine Trévisan

L’Ecole des filles, espace d’art situé à Huelgoat, dans le Finistère organise des rencontres littéraires, culturelles et historiques.
Ce samedi 16 juillet, dans le cadre des commémorations de la Grande Guerre, il invite Laurence Graffin, auteur d’un livre très documenté sur un peintre camoufleur, André Mare, et Carine Trévisan, spécialiste des rapports entre l’art et la guerre.

« Les carnets de guerre d’André Mare, peintre-camoufleur »
Pris dans l’engrenage de la Grande Guerre, un jeune peintre d’avant-garde, André Mare, se confie à ses carnets d’aquarelle. Dans les tranchées, la boue, sous les obus et les gaz asphyxiants, il les protège comme son bien le plus précieux : un antidote contre l’horreur, un témoignage. Au fil des notes, des croquis, des lumineuses aquarelles, des photos soigneusement mises en page, c’est l’Histoire vécue que racontent les dix carnets de Mare : celle de l’artilleur de la 47e batterie, puis du « camoufleur », engagé avec des dizaines d’autres peintres dans l’étonnante industrie du « trompe-l’œil ». C’est aussi un moment de l’histoire de l’art, laissant apparaître une étrange relation entre le Cubisme et la guerre.

Laurence Graffin, grand reporter, réalisatrice de magazines et de documentaires pour la télévision, se passionne pour l’art du début du XX° siècle, lieu de tant de remises en causes et d’inventions. Ainsi, elle s’intéresse au parcours d’un peintre cubiste qui participe, tout au long de la Grande Guerre, à l’étonnante aventure du camouflage. Elle nous a transmis ses carnets, les éclairant et les complétant grâce aux lettres qu’il écrivait à sa femme.

« Tous je pourrais les reconnaître et de tous te dire leurs noms… »
Carine Trévisan fait l’examen des listes de noms, plus particulièrement de noms de morts, à partir de la Grande Guerre, première guerre où l’on meurt en masse et où simultanément un prix de plus en plus élevé est accordé à l’individu. Cette guerre a ouvert l’ère de la liste des noms des morts, liste dont elle a fait l’objet d’un culte, l’objet d’une esthétique nouvelle, monumentale et moderne. Car, dès lors que l’on a pensé à inscrire des listes de noms de morts, la question s’est posée du support, afin que celui-ci soit le plus visible et susceptible d’émouvoir les lecteurs de la liste. La liste devient le lieu d’une scénographie, le décor d’un rituel, d’une pédagogie civique, lieu d’une liturgie laïque où se mêlent l’hommage, la commémoration (la liste devient un « lieu de mémoire »), surtout, l’expression du deuil. Le monument est souvent assimilé à une sépulture symbolique, et la liste des noms à une nécropole en miniature.

Ancienne élève de l’École normale supérieure, Carine Trévisan est, aujourd’hui, professeur de Littérature à l’Université Paris 7 et en milieu carcéral. Elle est l’auteur de plusieurs études sur la Grande Guerre, notamment Les Fables du deuil : la Grande Guerre, mort et écriture (PUF, 2001, prix Henri Hertz 2002). Elle a aussi écrit de nombreux ouvrages, comme Aurélien d’Aragon le nouveau mal du siècle, des articles (Le survivant : un écrivain du XXe siècle ? Dire la mort, dire sa mort), ainsi que des préfaces de Victor Hugo à Stefan Zweig. Elle co-organise le Prix littéraire « Esprits libres », au centre de détention de Réau.

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